Devant la diminution du nombre des personnes prêtes à apporter des preuves contre la Mafia, les parlementaires italiens ont lancé mercredi dernier un appel afin que les témoins bénéficient d’une plus grande aide et d’une meilleure protection.Selon un rapport parlementaire, les témoins qui sont placés sous la protection de l’Etat se sentent abandonnés et désorientés au moment de prendre une nouvelle identité, de s’installer dans un nouvel endroit ou encore de trouver un autre emploi. Bref, au moment de démarrer une nouvelle vie afin d’échapper au règlement de compte organisé par l’Organisation qu’ils ont trahi. Les témoins se plaignent des lenteurs bureaucratiques, du manque d’information et de la difficulté pour trouver des emplois lorsqu’ils ont été contraints de déménager. Certains des témoins ont même avoué qu’ils n’avaient bénéficié d’aucune escorte policière ! Un comble lorsque l’on connaît le sort réservé à ceux qui rompent la Loi du silence.
Dans leur rapport, les parlementaires ont donc décidé de dénoncer un manque d’assistance pour les témoins. En effet, du fait de ce manque de protection, les témoins potentiels sont découragés à venir livrer leurs témoignages contre le crime organisé. Les parlementaires demandent également à ce que les témoins puissent avoir recours à un soutien psychologique. En effet, témoigner contre des Organisations telles que la Camorra ou Cosa Nostra n’a rien d’anodin et les possibles troubles psychologiques que peuvent entraîner un tel acte doivent être pris en compte. Le rapport réclame aussi qu’un quota de postes administratifs soit réservé pour les témoins placés sous protection. Et lorsqu’il s’agit d’hommes d’affaires, le rapport demande l’octroi de réductions fiscales afin de les aider à entamer une nouvelle activité dans un nouvel endroit.
Mme Angela Napoli, parlementaire et l’une des auteurs du rapport, déplore la manière dont sont traités les témoins qui dénoncent les pratiques mafieuses: « Les témoins n’ont pas été considérés comme une ressource mais bien plus parfois comme un fardeau ». Pourtant, sans eux, la lutte contre la Mafia est quasi impossible. Ces témoins atypiques sont, dit-elle : « un outil important » pour combattre le crime organisé. Mme Napoli ajoute que le « manque de considération » des autorités Italiennes dans le cadre du programmes de protection avait en réalité abouti à faire baisser le nombre de témoins au fil des ans ! En 2002, 79 personnes étaient prêtes à fournir des preuves contre la Camorra, Cosa Nostra et la ‘Ndrangheta (une organisation criminelle de Calabre); en décembre 2007, seulement 67 témoins ont osé franchir le pas ! Un véritable coup dur qui profite aux Organisations.
Pendant ce temps, une résistance contre le Pizzo (racket) prend de l’ampleur en Sicile. Les entrepreneurs de Palerme unissent leurs forces contre la Mafia et ceci grâce à un site Internet baptisé « Addiopizzo », littéralement « Adieu au racket » ! Le nombre de « résistants » est encore faible comparé à l’ensemble des entreprises subissant la Mafia ; cependant ce mouvement permet de « desserrer » l’étau psychologique de la Mafia sur les Siciliens. Des habitants conditionnés depuis longtemps à croire que toute défiance apporte la ruine ou la mort.