15 février, 2008...12:47

Lettre à Henri.

Cher Monsieur Salvador,

Vous êtes arrivé comme Zorro, sans vous presser. Et vous avez duré. Une carrière d’une rare longévité. Vous avez  vécu le swing des Années Folles, chanté avec les plus grands mais aussi connu les tragédies de la guerre. Les traversées du désert et les succès indéniables. Certains vous considéraient comme un Noir mais ceux qui vous aimez n’ont jamais vu la couleur de votre peau. Vous, cher Henri qui veniez de la Guyane ; une terre belle et bien Française. Vous qui étiez toujours à la pointe de l‘élégance et d’un charme fou. Avec votre borsalino et votre cigare, certains auraient pu croire que vous étiez Cubain. Comme eux vous aviez du style, de l’humour et un « je ne sais quoi en plus » qui nous faisait vous aimer sans se poser de question.

Vous aviez le cœur sur la main et du caractère. Vous saviez dire la vérité mais toujours avec une pointe d’humour ; comme lors de cette soirée où vous avez reçu une victoire de la musique : « Il s’en est fallu de peu pour qu’elle soit posthume… ». Telle a été votre phrase, une phrase d’une vérité absolue.  Un coup de poignard  avec une lame trempée dans du miel. Vous aviez raison de le dire. Personne avant vous n’avait osé le faire. Dire que la France attend toujours que les « méritants » soient proches de la mort  ou déjà morts pour les récompenser. Quelle honte. Pour faire glisser cette « pilule » dure à avaler, vous avez ri.  Et tout le monde a fait de même. Votre rire Henri, que dire de lui? Il était votre « marque de fabrique ». Reconnaissable entre mille. Communicatif. Généreux. Inoubliable ; comme vous.

Aujourd’hui nous allons devoir apprendre à vivre sans vous. Une tâche ardue lorsque l’on sait que vous étiez sans le savoir dans notre quotidien. Vous avez été admiré par les plus grands  comme le Général de Gaulle qui ne ratait jamais une de vos émissions ; les biens nommées « Salves d’Or ». Les discrets comme Laurent Voulzy, Line Renaud, Michel Drucker vous ont porté une grande admiration. Mais il n’y avait pas qu’eux. Il y avait aussi les gens ; le peuple. De la France au Japon en passant par le Brésil où vous avez reçu une distinction du Ministre de la Culture Gilberto Gil. Vous étiez admiré partout et par tous. Désormais vous le serez toujours Henri. La phrase qui résume le mieux ce que nous ressentons à l’heure actuelle et celle de l’hommage que vous a rendu le Président Jacques Chirac en apprenant votre mort. Voici ce qu’il a dit de vous : “Avec sa disparition, la France perd aujourd’hui un immense talent, dont les chansons comme l’éclat de rire resteront dans toutes les mémoires”.

Henri, vous nous avez quitté ce 13 février sans nous chanter une dernière fois une de vos chansons douces. Vous qui envisagiez de préparer un nouvel album pour la fin de cette année. Nous aurons toujours en mémoire cette idée mais à défaut de vous entendre le chanter, nous devrons l’imaginer. Chacun en aura une vue différente, selon la perception qu’il se faisait de vous.  Ce sera notre « album de cœur » et sans nul doute le plus beau de votre carrière. Aujourd’hui, notre cœur n’est plus qu’un jardin d’hiver ; sans fleur ni feuille.  Samedi, nous vous ferons un dernier adieu en l’Eglise de la Madeleine. Hasard ou choix délibéré de votre part, un jeu de mot nous vient tout de suite à l’esprit. Comme pour nous faire rire une dernière fois. Alors à défaut d’entendre votre rire, nous nous l’imaginerons à la fin de la phrase qui suit : « Henri, sachez que depuis votre départ nous pleurons tous comme des madeleines ».